Asservir une double flux au CO2 : le débit à la demande, pièce par pièce

Pourquoi le CO2 est un meilleur pilote que la minuterie

Une double flux fonctionne en continu à débit nominal, que la maison soit occupée par deux personnes ou par dix. C'est la logique du débit constant : la réglementation dimensionne pour la pointe d'occupation, et le caisson tourne à ce rythme 8 760 heures par an. Un capteur de CO2 installé dans la pièce principale casse ce principe : le gaz est le traceur direct de l'occupation humaine. Autour de 400 à 450 ppm, on respire de l'air extérieur ; au-delà de 1 000 ppm, la sensation d'air confiné apparaît, et avec elle les maux de tête et le sommeil dégradé. Entre les deux, tout est marge de modulation.

L'asservissement fonctionne dans les deux sens : sous le seuil bas (généralement 800 ppm), le caisson ralentit vers son petit débit ; au-delà du seuil haut, il remonte au débit nominal, voire au mode accéléré. La ventilation ressemble alors à ce qu'elle devrait être : proportionnée à ce que produisent les occupants.

Ce que la modulation change concrètement

  • Sur la facture d'électricité : les ventilateurs d'une double flux consomment entre 30 et 120 W au nominal. Un moteur EC ralenti à 60 % de débit consomme environ 20 % de sa puissance : passer la moitié de l'année en petit débit fait fondre la part ventilation de la facture, sans toucher au rendement de récupération, qui reste élevé à bas débit.
  • Sur le bruit : le niveau sonore baisse d'autant que le débit chute. En nuit ou en journée d'absence, le caisson devient inaudible ; c'est souvent la première chose que les occupants remarquent.
  • Sur la qualité d'air : l'accélération automatique en soirée, quand la tablée passe de quatre à dix convives, fait ce que personne ne fait manuellement : remettre le débit nominal au bon moment.

Ce que le CO2 ne corrige pas

Le point doit être clair : le CO2 mesure les personnes, pas les activités. Une douche, une cuisson, du linge séché à l'intérieur ne produisent presque pas de CO2. Si l'asservissement CO2 fait ralentir la ventilation pendant que la salle de bains s'humidifie, vous fabriquez le problème que la ventilation devait résoudre. C'est pourquoi l'association cohérente est double : modulation CO2 sur les pièces de vie, et maintien d'une extraction minimale permanente dans cuisine et salle de bains — ou un asservissement complémentaire à l'humidité sur ces pièces.

Les points de pose qui décident du résultat

  • Emplacement de la sonde : à 1,20 à 1,80 m, dans le volume de respiration du séjour, jamais au-dessus d'un radiateur, jamais dans un angle mort où l'air ne circule pas, jamais exposée au soleil à travers une baie vitrée.
  • Sonde unique pour toute la maison : dans une maison à étages, le CO2 du séjour ne représente pas les chambres fermées. Les systèmes complets prévoient des sondes par zone pilotant des bouches de soufflage motorisées ; c'est plus cher, et c'est le seul montage correct si les chambres sont occupées en continu.
  • Débit plancher : le petit débit ne doit jamais descendre sous les minima réglementaires d'hygiène. Un bon régulateur garde un plancher, même à 30 %.
  • Entretien : une sonde NDIR dérive lentement. Elle se vérifie une fois par an en la comparant à l'air extérieur ouvert (elle doit annoncer environ 420 ppm) ; une sonde encrassée de poussière commande un faux régime nominal permanent.

Franc-jeu sur l'investissement

La modulation CO2 sur caisson existe en option d'usine ou en boîtier additionnel, la sonde seule coûtant modérément, l'ensemble motorisé par pièce étant un autre budget. Le retour sur investissement vient surtout du confort et du silence, moins de l'électricité : l'économie annuelle sur les seuls ventilateurs se compte en dizaines d'euros. Achetez le système pour l'air qu'il donne au bon moment, pas comme un gadget d'économie.